Le slam: mode ou mot?
A l’initiative de la Maison Internationale de la Poésie Arthur Haulot, une rencontre a été organisée au Centre Wallonie- Bruxelles, le 21 mars dernier, autour de la question: Qu’est-ce que le slam?
Quelques éléments de réponse ont été apportés par Luc Baba, romancier et animateur d’ateliers de slam dans les écoles, ainsi que par des slammeurs, qui ont interprété leurs textes.
Le slam – ou “claque” – est apparu aux Etats-Unis en 1984 et s’inscrit dans la droite ligne des “révoltes” contre une littérature ou un art bourgeois, comme le fit le jazz en son temps. «Le slam, dit Luc Baba, consiste à dire un texte écrit. Tout simplement.»
Mais l’on sait que les choses dites simples sont les plus complexes et les plus difficiles à mettre en œuvre. Dire un texte écrit implique que le slammeur détermine comment intéresser le spectateur à son récit. Dire un texte écrit, c’est travailler la manière de le dire. D’où l’attention portée à la structure des phrases du slam.
Luc Baba insiste: «Dire un texte en public n’autorise pas le slammeur à considérer le micro qui lui est ouvert comme une aubaine pour lui seul. Si quelqu’un vient parler derrière un micro, il doit avoir quelque chose à dire.»
La démarche du slam est particulièrement riche d’enseignement lorsqu’elle est pratiquée en milieu scolaire, avec des adolescents. En rupture avec certaines émissions de télévision ou, même, certaines pratiques d’improvisation prônées par des manuels pédagogiques, le slam apprend à l’élève à dépasser le “premier jet”, à structurer sa pensée, à respecter des consignes et à orienter sa parole non vers soi mais vers l’autre. Ainsi, l’adolescent découvre qu’il peut, lui aussi, intéresser autrui… mais que l’intérêt résulte d’un travail sur la langue.
Cela dit, si le slam doit toucher l’autre par des mots mis en rythme, qu’est-ce qui le distingue de la poésie? Question apparemment sans réponse au sortir de cette rencontre. Mais n’est-il pas aussi vain de vouloir définir le slam que de vouloir définir la poésie? Ne sont-ce point là des monstres du Loch Ness, que tout le monde connaît mais que personne n’a jamais vus? Le slam ne serait-il qu’un nouveau mot – plutôt qu’une mode – pour désigner ce poieîn de l’aède grec? Peu importe, s’il permet à des jeunes en quête de sens de passer du cri à la parole.
Jean-Pierre Dopagne
in Le Journal des Poètes, n°2, 2009, p.2.










