VINCENT O’SULLIVAN
(Nouvelle Zélande, né en 1937)
Sur la célèbre tombe
Peut-être sont-ils poussière, comme dit un poète français,
mais au moins, toujours et sans conteste,
«poussière amoureuse», nullement embarrassée de nous voir si près
de leur couche commune. «Je t’appartiens un jour,
pour toujours.» Même si le vent sur la pierre mouchetée
a compris cela, soulevant le sable au long
de l’allée, nous pressant de rentrer.
De regagner notre banalité particulière,
une voiture chauffée, main dans la main, le vent
soulevant par brassées les feuilles cuivrées,
qui se froissent.
Fermons les yeux, alors, l’espace d’un moment, je te prie,
en ne pensant à rien, en gardant nos doigts entremêlés.
Dans l’accalmie soudaine, la maille du silence
à jamais, pour l’instant.
Nous y sommes donc allés aussi,
pas vrai? Non, pas du tout.
Ce sont eux plutôt qui se sont rendus où nous nous trouvons.
Et s’y trouvent encore.
Traduction : Anne Mounic
Le Journal des Poètes, N°3 / 2008










