RUTH FAINLIGHT
Suppression
En un instant je peux supprimer des douzaines
de messages sur mon écran d’ordinateur,
et les regarder disparaître comme un essaim d’éphémères
qui s’élève en spirale à travers un buisson d’aubépine fleurie
dans sa danse nuptiale suicidaire,
ou de la ferraille se précipitant sur un aimant.
Mais ces centaines de mots, lus puis supprimés,
ne disparaissent pas. L’air que je respire
en est saturé, comme de pollen à la saison du rhume des foins
ou la prière impuissante à forcer la barrière céleste,
la couche de heaviside pour atteindre une réponse.
Je les imagine qui s’entortillent les uns autour des autres
comme une lourde balle de caoutchouc, ou
un pâle cocon sans poids qui gaine l’avenir. (MW)
Traduction de Michèle Duclos
Le Journal des Poètes, N°1 /2009










