PIERRE ALAIN TACHE
(Suisse, né en 1940)
Brouillard vaincu
Qui d’entre nous, un jour, se souviendra
du cheval attentif apparu
comme apparaît en rêve un disparu?
Nous devisions, en route sur le mont,
longeant l’enclos, où sont des troncs silencieux.
C’était près d’une ferme herbeuse,
osseuse, et vulnérable à la jointure du linteau.
C’était par un froid juste et rejetant
au bout d’un horizon qui dégage l’esprit
les dômes de blancheur reconnus sûrs.
Nous avions pour projet de jaillir au soleil
– comme fait le plongeur fuyant l’obscur;
nous avions le désir d’être seuls, lumineux,
mais nous fûmes bientôt rejoints
par quelques morts, dont le murmure accroît
la terre et le gel fangeux des chemins.
Car nous étions passés par Enges,
bruissant de nos seules ailes, tout près
de ceux qui nous auront quittés sans bruit,
brouillant un peu l’image – ou bien ce serait nous
qui les avons perdus, dans le brouillard.
Extrait d’un Dossier "Poésie en Suisse romande" établi par Sylviane Dupuis,
Le Journal des Poètes, N°3 / 2008










