CONTRE VENTS ET MAREES.
L'autosatisfaction est un agaçant défaut. Sauf quand on est un des ouvriers qui, après bien d'autres, a posé quelques pierres d'un édifice. Aurons-nous la prétention de comparer le Journal, désormais octogénaire, à une cathédrale, une de ces cathédrales du Moyen Âge qui mettait un siècle à surgir de terre ? Et au fond, pourquoi pas ?. De Flouquet à l'équipe actuelle, nous avons eu nos mystiques qui, dans le plus complet désintéressement, ont oeuvré, dans ces colonnes et depuis 1931 ; nous avons eu nos bons ouvriers, restés un peu obscurs mais qui ont été de fidèles compagnons de route ; nous avons eu, aussi, les vitraux, c'est-à-dire des poèmes venus de tous les coins du monde. Lieu, non de prière, mais de méditation, le Journal. Mais de méditation vivante, active, conviviale comme sont conviviaux les déjeuners du journal, occasion de lectures et de retrouvailles. Enfin, il y a les participants sans lesquels le rite n'aurait pas de sens : car le Journal à des abonnés, de vrais abonnés tout en résistant à la tentation du harcèlement et de la démagogie (qui consisterait, ce que nous avons toujours refusé, à publier automatiquement lesdits abonnés).
Bien entendu, il y a eu des schismes mais, plus souvent, des départs discrets ou des refus polis. Des erreurs, sans doute, des injustices parfois- tel poète à côté duquel on est passé trop vite, tel poète un peu trop remuant et mis peut-être trop en valeur. Notre belle cathédrale a eu ses zones d'ombre, mais, toujours, a voulu laisser déferler la lumière poétique, hors clans, hors sectes, hors chapelles. Contre vents et marées. Et l'on devine que les uns furent souvent violents, les autres parfois dévastatrices
à l'aube de nos 80 ans d'existence, dont nous évoquerons le parcours dans le prochain numéro, je voudrais remercier toute l'équipe actuelle qui, comprenant pour la plupart déjà des représentants de la troisième génération poétique du Journal, oeuvrent bénévolement et dans l'enthousiasme à sa perpétuelle renaissance. Merci à Véronique, Jean, André ou Rose-Marie qui parcourent quelque 100 kilomètres pour rejoindre notre lieu de travail ; merci à Marc, toujours disponible, au cher Lucien toujours soucieux de l'avenir du Journal et de la Maison, à Yves, fidèle compagnon, à Moussia, attentive, ainsi qu'à Philippe qui ne manquerait pour rien au monde une de nos joyeuses séances de travail.
Merci surtout à tous ceux qui furent les architectes de ce lieu vivant de poésie qu'ils ont préservé de toute leur force.
Jean-Luc Wauthier
Rédacteur en chef










