Editorial du n° 2 / 2009
Poème en profondeur
La disparition de Fernand Verhesen, qui fut l’un des bâtisseurs du Journal des Poètes, dès les années 30, et l’un de ses principaux restaurateurs au lendemain du drame nazi, questionne en quelque sorte, au-delà de ses proches et de ses amis, l’état présent de la poésie.
Sans doute les recueils continuent-ils à paraître en quantité, sans doute les activités poétiques s’enchaînent-elles : chansons, slam, lectures publiques etc… Mais le poème tel que l’entendait Fernand, dans l’esprit et la recherche d’un Pierre Reverdy, d’un Roberto Juarroz qu’il traduisait, ou d’un René Char ? Cette présence essentielle, hors temps et témoin du temps à la fois, existe-t-elle encore, c’est-à-dire est-elle encore perçue ? Ou serait-elle, comme le remarque récemment un critique, un exotisme du temps jadis ?
Dans Le Soir du 8 avril dernier, Nicolas Crousse ajoute : Un poète, c’est forcément un doux rêveur. Et la poésie, c’est comme le grec ancien. C’est un accident de parcours. Un silence, dans la nuit des téléviseurs qui gueulent (…) C’est, en somme, l’ennemi invisible de la modernité. Ça ne sert à rien.
Ce constat justifié dénonce l’apathie et l’esprit grégaire d’un grand nombre de contemporains auxquels il faut un spectacle et du bruit, l’excitation et la fuite.
Il est urgent de regagner les bienfaits du tête-à-tête, la lecture d’un texte que l’on découvre dans l’humeur du moment, avec lequel on peut s’accorder ou discuter, grâce auquel on se pose des questions,que l’on peut relire ou rejeter parce qu’il n’est pas bon selon soi ou que le moment est mal choisi pour l’apprécier.
Y a-t-il quelque chose d’absolument parfait dans ce monde ? Si oui, tout devrait s’arrêter et l’on ne pourrait plus glaner des vérités dans la fréquentation d’autres poèmes. Le monde est difficile, mais on n’y recherche, trop souvent, que facilité et distraction. Est-ce ainsi que l’on se construit ?
Philippe Jones









