Editorial : La poésie comme respiration
A l’orée du printemps, il peut paraître étrange d’évoquer l’automne ..
C’est toutefois du 4 au 7 octobre prochains que nous revivrons, pour la fois, cette aventure extraordinaire durant laquelle l’Arche de Noé de la Poésie embarquera ses «animaux modèles», les poètes du monde entier, sous la voilure liégeoise des Biennales Internationales de Poésie et la bannière de son thème 2007,«Poésie, fruit défendu?».
Présidées par Kenneth White, ouvertes à tous et à toutes, les Biennales 2007 ne comptent pas faire l’impasse sur ce qui nous est apparu comme une des questions essentielles du vingt et unième siècle: dans un monde déspiritualisé et sans repères, soumis à la loi tyrannique du marché, la Poésie ne risque-t-elle pas, réduite à la marginalité médiatique, non pas de disparaître mais de concerner, non plus l’humanité en son entier, mais une poignée de mandarins reclus?
Poésie, suprême savoir, fruit désormais défendu par quelque Dieu à visage de dollars, fruit qui se doit d’être dérobéd’urgence par la femme et l’homme contemporains, pour assouvir leur plus haute faim. Poésie pour tous? Nous le croyons mais le débat, dans le premier de nos Ateliers, restera ouvert. Toutefois, il nous semble évident que certains poèmes, confisqués par le tout-à-l’économique, n’ont pas encore trouvé tous leurs lecteurs.On sera donc amené, aux Biennales, à parler des jeunes qui feront le vingt et unième siècle, ces jeunes qui, croyons-nous ont tant besoin de poésie et de liberté, valeurs qu’on leur dérobe jusque et y compris dans les programmes scolaires, même des pays les plus avancés, au nom de la religion de l’efficacité formative immédiate.
Car la poésie ne peut respirer à hauteur d’homme que si , ne se confinant pas aux salons ou aux chapelles, elle devient irréductible partage, communion fraternelle même et surtout si elle proclame le droit à la différence. Raison pour laquelle notre second atelier se penchera sur la nécessaire transgression au cœur de l’acte poétique, acte à la fois d’ouverture et de résistance. «Trans» «gradere», marcher à travers ou au-delà, quel beau rêve et quel merveilleux programme.
A nous, veilleurs vigilants, d’assumer et de maintenir, en Poésie, cette force d’ouverture et de transgression sans laquelle il n’est pas d’Art véritable.
Ainsi, après la disparition d’Arthur Haulot, père-fondateur des Biennales, continuerons-nous, au cœur de mutations rendues nécessaires face à la vertigineuse évolution du monde, d’éclairer le programme de notre Fondateur: faire aimer la Poésie, «notre commune maîtresse» et l’offrir en partage à tous ceux qui, aujourd’hui asphyxiés et muets, ont le droit fondamental de parler et de respirer dans la lumière
Jean-Luc Wauthier.
Le Journal des Poètes, N°1 / 2007










