Stefaan van den Bremt
(Belgique, Flandre, né en 1943)
Mozart, à deux mains
La fantaisie sous une main se fit
épouvantail, l’autre jouait
tout autour. L’épouvantail n’était
qu’imagination trop vive, rêve
de retour d’un fils prodigue, enfant
prodige vieilli avant l’âge, tenant
d’une main l’éclat, sondant de l’autre
l’abîme des Lumières. L’époque
était à bout de souffle, allait à
la dérive, sous sa perruque poudrée,
direction guillotine; un autre temps,
celui de Figaro, s’annonçait –
c’était à qui gagne, à qui perd
le temps de Mozart au piano-
forte: le temps d’une fantaisie
fourvoyée en ut mineur, tonalité
qui bientôt prendrait de l’ampleur,
épouvantail des temps nouveaux,
qu’une symphonie voudra conjurer.
Le Journal des Poètes, N°4 / 2007










