Alejandra Pizarnik
SUR UN POEME DE RUBEN DARIO
In memoriam L.C.
Assise au fond d’un lac
elle a perdu l’ombre,
non le désir d’être, de perdre.
Elle est seule avec ses images.
Vêtue de rouge, elle ne regarde pas.
Qui parvint en ce lieu
où toujours personne n’arrive ?
Le seigneur des mortes vêtues de rouge.
Celui qui est masqué par sa face sans visage.
Celui qui parvint à sa recherche la mène sans être.
Vêtue de noir, elle regarde.
Celle qui ne sut mourir d’amour, et n’apprit rien.
Elle est triste parce qu’elle n’est pas.
(Ce poème est le dernier qui fut publié du vivant d’Alejandra Pizarnik, le 10 septembre 1972, dans «La Nación» de Buenos Aires)
Traduction de Fernand Verhesen
Le Journal des Poètes, N°3 / 2009.










