Agnès HENRARD, Au plus nu de nos danses, d’une colline à l’autre, Goesne 2006.
La voix fine et légère d’Agnès Henrard n’est ici, moins que jamais dépourvue de gravité. La danse à laquelle elle nous convie évolue sans bras (comme, sur la couverture du livre, la peinture-silhouette de Sylvie Cannone) et sans jambes puisque celles-ci sont à jamais rivées au lit. L’élan de l’esprit et du cœur n’en est que plus radieux, la magie des mots d’autant plus forte.
Les portes défendues retardent l’arrivée du danseur aveuglé, mais il sait quelles clés allumer sous ses paupières.
Ici, ‘magie’ a plus que son sens usé de métaphore. La poésie réussit à faire danser le paralytique. Les mots créent le mouvement à jamais interdit, délestent le corps jusqu’à l’envol le plus jouissif:
Oser danser, entrer dans la ronde, rejoindre la marée, le rythme lent du cercle et la pulpe des paumes, réveiller les liens nus, le langage au-delà. Se rassembler dans l’œil de l’autre, ne plus cesser d’ouvrir le bal.
Et quand le désespoir s’approche, tendant son calice de suave amertume, la poésie s’interpose et profère des paroles d’encouragement, comme un viatique:
Ne te quitte jamais. Pose en toi le haut miroir qui reflète le ciel.
A relire dans les moments où l’existence entrave notre danse jusqu’à nous empêcher de marcher, de travailler ou d’aimer. A relire dans les moments d’allégresse pour chanter ces hautes pages claires avec la poète merveilleuse qu’est Agnès Henrard, hélas trop souvent méconnue.
Rose-Marie FRANÇOIS
Le Journal des Poètes, N°1 / 2008










