Abdellatif Laâbi, Mon cher double, Editions de la Différence, Paris.
Il faut que je me rende à l’évidence
quelqu’un cherche
à m’expulser
de mon jardin secret
Qu’Abdellatif Laâbi soit un poète de grande qualité, voilà qui est indéniable et d’ailleurs peu contesté. Tant sur le plan de la pensée poétique que sur celui, artisanal, de la «fabrication» du poème/Poein, rien ne manque à son carquois pour décocher des flèches qui, souvent, l’atteignent-par le biais de l’auto-dérision-ou atteignent ce «cher double», dont il nous entretient ici.
Que le même Laâbi soit un poète profondément original et que, bien qu’installé à Paris, il échappe à toute catégorisation comme à tout landerneau ou toute chapelle, voilà ce qu’on dit moins souvent. Bien que raffinée et élégante, sa parole de Nord-Africain reste en effet profondément celle d’un «enfant rebelle à nos usages», ce qu’il avoue d’ailleurs dans un poème à la fois implacable et bouleversant
J’abandonne volontiers la course
aux gagneurs
aux accumulateurs et autres tueurs
A la voie royale
des apprentis dominateurs
je préfère le sentier, la lisière
là où les oiseaux ne chantent pas encore
en service commandé
(… )
Saura-t-on un jour
que le vrai centre
se situe dans la marge?
Nous avons plus que jamais besoin de ces poètes de la marge, ces «poètes du ventre» évoqués par Anize Koltz.
Une lecture critique de J-L Wauthier (extrait)
Le Journal des Poètes, N°1 /2009










